3,0.1013

Tapis mural, Laine, soie de bambou, lin, H : 500 cm x L : 380 cm
Laboratoire national de Santé, 2019 / Commande publique, 1 %
3,0.1013 correspond à la valeur du nombre de cellules humaines pour un homme de 70 kg et de 170 cm. Le motif de ce tapis a été réalisé à partir d’imageries médicales issues du Laboratoire national de santé, provenant des Services de Cytologie gynécologique, de Cytogénétique et d’Hémato-Oncogénétique.
J’ai désiré travailler à partir de documents photographiques réalisés au sein même du laboratoire, afin d’utiliser des images intrinsèquement liées aux activités du lieu. Le tapis qui semble constitué de formes abstraites, a été composé à partir de caryotypes*, d’images de chromosomes doubles non encore classés, d’analyses FISH** et de lames de frottis cervico-utérins***. On peut y identifier des cellules et des chromosomes humains. Malades et saines.

Deep time

Le soir arrivé, après avoir activé l’interrupteur, le visiteur peut actionner les deux manivelles jaunes, faisant ainsi coulisser les volets vers la gauche et laissant apparaître neuf paysages oniriques, révélant des galeries souterraines imprégnées de vestiges de vies antérieures.

Ces paysages sont constitués de photographies de fossiles et de lames pour microscopes de minerais de fer, provenant des collections  du Musée national d’histoire naturelle, du Musée Eugène Pesch, du Musée de la mine Cockerill et du service géologique de Luxembourg. Ces images nous projettent à travers les strates géologiques du bassin minier que forment le sud du Luxembourg, laissant apercevoir des spécimens fossilisés retrouvés dans les bas-fonds de ces paysages, révélant des traces d’organismes vivants qui se sont succédés au cours de l’histoire de la Terre.

Ce projet s’attarde sur la « Minette » comme minéral et comme région, désirant dépasser son lien à l’industrie et en nous transposant dans d’autres temporalités, dans le « Deep time », un temps qui dépasse le temps humain, celui en lien à notre terre (géologique) et la vie qui a pris forme bien avant nous (paléontologique). Il est beau de pouvoir contempler le minerai de fer comme une simple roche et de s’éloigner de la notion de matière première qui a permis l’essor de l’industrie moderne et la richesse du Luxembourg, de replonger dans des temps plus profonds, un temps où cette région qui nous entoure actuellement était encore occupée par la mer jurassique il y a 180 millions d’années, marquée par un climat chaud, humide et tropical. On y décèle d’ailleurs une multitude de mollusques et de coraux fossilisés, témoins de cette époque.

Les échantillons tirés des lames minces de Minette révèlent également un motif caractéristique au minerai de fer : les d’oolithes, du grec ôon pour œuf et lithos pour pierre. Des fleuves provenant de la région de l’Eiffel et des Ardennes ont longtemps charrié des sédiments produits par l’érosion, portant dans leur sillon des ions de fer ferreux, qui ont été oxydés par des bactéries en fer ferrique, pour ensuite être précipité sous forme d’oolithes. Ces petites structures minérales ovales sont imprégnées de peroxyde de fer, qui ont fait la caractéristique de notre région et lui ont également donné sa couleur. Sur ces lames de laboratoire on peut y déceler de tous petits fossiles, invisibles à l’œil nu.

L’exploitation des minerais de fer de surface remonte jusqu’au temps des Celtes est a connu un nouvel essor au 17ème siècle avec la forge de Lasauvage.  A partir de l’industrialisation des années 1870, les activités minières ont profondément marqué la topographie du paysage. En zoomant sur des détails de fossiles, on semble parfois reconnaître étrangement les paysages accidentés créés par l’activité minière.

La PERGOLA extérieure, en fer forgé, reprend également les motifs de fossiles emblématiques de la région : des ammonites, des bivalves, des bélemnites et de nombreux autres mollusques, coquillages et animaux marins.


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Remerciements :

Projet réalisé à partir des collections  du Musée national d’histoire naturelle, du Musée Eugène Pesch et du Musée de la mine Cockerill, ainsi que d’échantillons de lames pour microscope de minerais de fer provenant de la collection du service géologique de Luxembourg.

Lynn Bintener, Responsable Projet Esch2022, service culturel

Henri Clemens, musée de la mine Cockerill

Frédéric Humbel, directeur, Minett Park Fond-de-Gras
Dr. Romain Meyer, chargé d’études, service géologique du Luxembourg

Laurent Olinger, OK Design

Robert Weis, Recherches & collections, Assistant de conservation, Musée national d’histoire naturelle 

Sources bibliographiques :

Circuit géologique Giele Botter

Minett UNESCO Biosphère, 2022

Maria Stavrinaki. Saisis par la préhistoire : enquête sur l’art et le temps des modernes, Dijon : Les Presses du réel, 2019.

Alex Storoni, Géo-histoire des paysages du bassin minier ferrifère luxembourgeois, Revue Géographique de l’Est Année 1998 38-1-2 pp. 51-55

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GÎTE DE PÉTANGE

Le gîte de Pétange,  appartenant au Minett Trail, est situé sur le site ferroviaire du Fond-de-Gras dans le Minett Park Fonds-de-Gras et fut autrefois un ancien wagon de voyageurs. Il a été réalisé par le bureau d’architectes Teisen & Giesler, en collaboration avec l’artiste Justine Blau. Le wagon est subdivisé en espaces fonctionnels : nature (loggia), convivialité (salon), hygiène (salle de bain), repos (chambre) et régénération (sauna), invitant une réflexion sur la place de l’homme dans son environnement naturel.

Le Minett Trail, qui documente l’histoire du Minett, et en particulier son passé industriel, est le résultat d’un concours lancé dans le cadre d’Esch2022 et du projet « Minett UNESCO Biosphère », Pro-Sud et de l’Ordre des architectes et ingénieurs-conseils (OAI).

Formes Passagères

Schengenland

Installation, 2011
Series of objects, dimensions vary
Kiosk, AICA, Luxembourg, 2011(curator Sabine Dorscheid)
Interested in how some places endow a mythical aura to a foreign gaze, I have been interested in the way Schengen, where the eponymous agreement was signed in 1985, allowing free movement of people and goods for some European countries, epitomises a modern Eldorado to many.
The installation mimics a souvenir shop and a large wonder cabinet, where the series of artefacts generates a reflection on national and historical narratives.
(copyright Justine Blau)

Soma

Tapisserie, laine & lin, 950 cm x 95 cm
Commande publique 1% par Justine Blau / Atelier Françoise Vernaudon
Administration des Bâtiments publics, Luxembourg

Cette tapisserie au format allongé, est constituée de représentations de modèles anatomiques de corps humains, qui par un jeu d’entrelacs et de couleurs proposent une composition entre le figuratif et l’abstrait. Les formes nous semblent à la fois familières et étrangères, faisant partie d’un vocabulaire médical souvent entrevu dans des livres de biologie, des encyclopédies médicales ou sur des chartes anatomiques, mais que nous n’avons jamais pu apercevoir à l’oeil nu, puisqu’il faudrait y plonger un scalpel dans les méandres de ce corps pour y avoir accès.
Le corps matérialise notre présence au monde, il forme un lien entre la vie et la mort, rappelle notre temporalité. Ces maquettes donnent l’impression qu’au fin fond de nous-mêmes existe un monde qui nous dépasse, qui nous maintient en vie, et c’est peut-être nous qui lui servons d’enveloppe. Ces maquettes servent à expliquer le fonctionnement des différents organes et leurs admirables contours et couleurs n’existent fondamentalement pas. A travers la science, le corps humain devient une cartographie, proposant des réseaux, des systèmes et des formes architectoniques soigneusement identifiées, numérotées et labellisées. La maquette anatomique, c’est un corps compris.
Les modèles anatomiques forment des objets à la lisière entre le monde des arts et des sciences et constituent un des maillons incontournables à la compréhension du corps humain. Jusqu’au XIXe siècle, les artistes côtoyaient d’ailleurs la médecine en participant à sa représentation. L’anatomie passant par la réalisation de modèles en cire, en plâtre et en papier mâché. Pour un artiste, les maquettes forment un objet fascinant, car elles servent à représenter le vivant, tout en étant inertes et figées. Elles forment des modèles de pensée. Vouées principalement à l’enseignement, elles possèdent indéniablement des qualités esthétiques, et nous séduisent par leurs qualités formelles, leurs motifs, leurs répétitions, leur couleurs, leur symmétrie.
SÔMA est une commande 1% pour le Lycée Technique pour Professions de Santé de Bascharage, un lieu voué à la santé, qui détient une large collection de modèles anatomiques en résine et en plastique dans un intérêt pédagogique. Il y a une fascination pour ces maquettes, qui révèlent un monde sous-jacent et invisible.

SÔMA signifie en grec ‘corps’, ce mot renvoie au corps humain et animal par opposition à celui des plantes, ainsi qu’ à l’ensemble, et aux parties du corps humain, les organes. Il est d’ailleurs souvent placé en opposition à l’esprit et à l’âme. Ces maquettes proposent une représentation très précise et hygiénique de l’anatomie du corps humain ; révélant son organisation, ses structures, ses fonctionnements et ses systèmes. Elles cherchent à rendre structuré et lisible, tandis que dans leur contexte naturel, ces organes correspondent principalement à un amas de chair, d’os, de muscles et de sang.
Souvent de tailles réelles, le corps peut être déconstruit comme une poupée gigogne. Tel un puzzle, ces organes synthétiques s’emboîtent et se déboîtent afin d’en comprendre leurs agencements et leurs corrélations. Certains laissent apercevoir la gestation d’un enfant, d’autres zooment dans les parties les plus infimes du corps, traversant l’enveloppe de la peau, les nerfs optiques, les vaisseaux sanguins, des tissus cellulaires ou bien la structure ADN, révélant ainsi des systèmes complexes.
Ces représentations de parties internes du corps ne cherchent donc pas à être ‘réelles’ mais ‘réalistes’, afin de pouvoir nous guider. Le corps a dû être incisé et disséqué afin d’en divulguer tous ses mystères. La dissection et l’étude du corps humain au niveau médical se développe déjà dans l’Antiquité, se faisant principalement sur des animaux, car disséquer un corps humain est longtemps resté un sujet tabou. Son essor aura lieu au Moyen-Âge et puis à la Renaissance, afin de comprendre le fonctionnement de l’anatomie humaine, et permettre ainsi des avancées en chirurgie et dans le domaine médical.
La pratique de la tapisserie d’Aubusson persiste depuis le XVe siècle et s’inscrit dans une longue tradition française. SÔMA a été conçue de manière à être contemplée de près, permettant au regard de naviguer d’un organe à l’autre et d’avancer au fil des motifs. La technique de la tapisserie d’Aubusson a permis ce dessin très précis et détaillé et de jouer avec des effets de reliefs et de graduation. Cette tapisserie a été magnifiquement exécutée par Françoise Vernaudon, conçue manuellement dans son atelier sur un métier à tisser horizontal. Le temps de réalisation a été de plus de dix mois. SÔMA pourra être découverte le jeudi, 3 novembre lors de la tombée de métier et sera visible à la Cité internationale de la tapisserie du 3 au 6 novembre pour ensuite repartir.
ATELIER FRANÇOISE VERNAUDON – www.tapisserie-aubusson-vernaudon.fr
CITÉ INTERNATIONALE DE LA TAPISSERIE, AUBUSSON – www.cite-tapisserie.fr

The Circumference of the Cumanan Cactus

Photography, 2010 (Series of 9)
Duratrans and lightboxes, h: 120cm x w: 120cm each

The Circumference of the Cumanán Cactus consitutes a series of nine lightboxes, and was a commission for Manchester Piccadilly Station. The photographs represent natural landscapes that bear little signs of human presence, promoting the archetypal idea of an untouched land in its primal state. Located in an urban area of transit, the work replaces the traditional ‘selling dreams’ tourism billboard.

The nine scenes depict landscapes, stemming from all around the globe. What at first appear to be traditional photographs, are actually three-dimensional constructions of places, collages created by means of found photographs. Acting as optical illusions, the images sway between the worlds of reality and fiction, nature and culture. This project looks at imageries that have arisen with the very act of ‘traveling’. These photographs took as inspiration, drawings and paintings of landscapes, created during different journeys throughout the centuries.

These pictorial accounts of remote exotic places emerged with the age of exploration, a time when Europeans started trawling through the world in the quest of new territories. This tradition has persisted with the 18-19th century’s scientific expeditions under Darwin and Humboldt, the European Grand Tour and nowadays’ modern tourism.

Images of lush green-covered hills, unsettled seas and fuming volcanoes have circulated, to become part of our collective imagination, inducing the idea of the existence of paradise-like places. The work is concerned with these representations of the ‘outside’ world, when returned ‘home’; the images working as visual descriptions and scientific proofs, but also as exotic memorabilia and objects of myths.

What is the colour of the red planet, really ?